Ouverture du Cabinet

Octobre 2026

Béatrice Risso

Psychologue clinicienne



‹ Le TDAH chez l'adulte

TDAH et autres troubles

Le TDAH partage certains de ses signes — inattention, agitation, impulsivité, émotions intenses — avec d'autres troubles. Et il coexiste souvent avec eux : près de six adultes concernés sur dix présentent au moins un autre trouble associé. Distinguer ce qui relève du TDAH, ce qui relève d'autre chose, et ce qui se cumule, est donc au cœur du bilan.

Deux écueils, symétriques

1er écueil : voir du TDAH là où il n'y en a pas

Certaines difficultés ressemblent au TDAH mais ont une autre origine — et s'arrêter à la ressemblance, c'est laisser sans réponse ce qui en demandait une. Une inquiétude envahissante prise pour de la simple distraction. Un sommeil abîmé depuis des années, dont la fatigue mime l'inattention. Un ralentissement et une perte d'élan attribués au TDAH plutôt qu'à une dépression. Une instabilité émotionnelle profonde confondue avec l'impulsivité. Ou encore une pensée rapide qui tient au haut potentiel, des difficultés sociales et sensorielles qui évoquent le spectre de l'autisme, une agitation qui s'inscrit en réalité dans des épisodes distincts.

2e écueil : s'arrêter au TDAH et manquer le reste

L'erreur inverse est tout aussi coûteuse. Une fois l'hypothèse du TDAH posée, il est tentant de tout y rapporter et de refermer le dossier. Or la comorbidité est la règle plus que l'exception : l'anxiété, la dépression, les difficultés de sommeil, l'usage de substances, les suites d'un événement traumatique, les troubles des apprentissages accompagnent fréquemment le TDAH sans se confondre avec lui. Chacun appelle une réponse propre. Un TDAH repéré ne dispense jamais de regarder ce qui l'accompagne.

Ce que j'explore, et à quel moment

Tout n'est pas exploré chez tout le monde, et ce n'est pas un manque de rigueur — c'en est une. Multiplier les questionnaires chez quelqu'un que rien n'y désigne allonge le bilan, le renchérit, et produit des scores qui parasitent la lecture plutôt qu'ils ne l'éclairent. Deux régimes, donc.

Chez tout le monde

Deux dépistages sont envoyés à toute personne qui engage le bilan, sans attendre qu'un signe les appelle :

  • L'anxiété. C'est la difficulté la plus fréquemment associée au TDAH, et celle que l'on rapporte le moins spontanément — beaucoup de personnes l'ont normalisée depuis si longtemps qu'elles n'y voient plus un symptôme. Un dépistage déclenché sur signalement la manquerait.
  • Le sommeil. Un sommeil insuffisant ou décalé imite l'inattention à s'y méprendre. C'est un diagnostic différentiel avant d'être une comorbidité, et le manquer fausse la lecture de tout le reste du bilan.

Ces deux dépistages sont tenus à l'écart du repérage du TDAH lui-même : un score élevé à l'un ou à l'autre ne compte jamais comme un argument de plus en faveur du TDAH. Il signale une autre piste.

Selon ce qui apparaît

Les autres explorations sont déclenchées par ce que font ressortir l'anamnèse, le premier entretien ou l'entretien structuré :

  • La dépression, dont le ralentissement et la perte d'élan recouvrent une part des plaintes attribuées au TDAH.
  • Le trouble bipolaire, qui évolue par épisodes distincts de changement d'humeur, là où les symptômes du TDAH sont constants depuis l'enfance.
  • Le trouble de la personnalité borderline, qui partage avec le TDAH l'impulsivité et l'instabilité émotionnelle, mais y ajoute la peur de l'abandon, l'instabilité de l'image de soi et un sentiment chronique de vide.
  • Le trouble du spectre de l'autisme : les difficultés sociales existent des deux côtés, mais dans le TDAH la personne cherche à interagir — la gêne vient de l'impulsivité et de l'inattention, non d'un désintérêt ou d'une incompréhension des codes.
  • Les troubles spécifiques des apprentissages, la dyslexie et la dysorthographie au premier rang. Le recouvrement avec le TDA/H est important : jusqu'à quarante-cinq pour cent des personnes présentant l'un des deux troubles répondent aussi aux critères de l'autre — un chiffre établi chez l'enfant, faute de données propres à l'adulte. Lorsque les éléments convergent, un bilan du langage écrit peut être proposé : c'est un bilan à part entière, distinct de celui du TDAH.
  • Les suites d'un événement traumatique, dont l'hypervigilance se donne à voir comme de la distractibilité.
  • L'usage de substances et les conduites addictives, dont le risque est nettement accru en cas de TDAH — et qui, non repérées, compromettent tout le reste.
  • Le haut potentiel intellectuel, qui peut masquer un TDAH pendant des années en le compensant, au point de rendre l'antériorité difficile à établir.

Faire ce tri est précisément ce que permet le bilan : en croisant des sources qui ne puisent pas au même matériau — ce que vous rapportez, ce dont vous vous souvenez, ce qu'en dit un proche, ce que j'observe — et en cherchant la fonction de chaque comportement plutôt que sa seule apparence. Ce travail documente et oriente ; il ne pose pas le diagnostic, qui relève d'un médecin.

Sources — Roulin, M. & Henrard, S. (2025). Évaluer le TDAH chez l'adulte, chapitres 6 et 7. De Boeck Supérieur, coll. « Tests et diagnostics ».

Wahl, G. (2021). Haut potentiel et TDAH (chap. 18). In N. Clobert & N. Gauvrit (dir.), Psychologie du haut potentiel : comprendre, identifier, accompagner. De Boeck Supérieur.

Chiffres cités : comorbidité globale, Adamou et al. (2024) ; recouvrement avec les troubles spécifiques des apprentissages, Carroll et al. (2005) — les deux rapportés par Roulin & Henrard (2025).